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Balázs Eszter

Francia republikánusok

Arago, François Jean Dominique (26 février 1786, Estagel, Roussillon - 2 octobre 1853, Paris) était un astronome, physicien et homme politique français. Arago fait ses études à l'École Polytechnique (Promotion X1803), à Paris. À la fin de ses études, il est envoyé en Espagne pour terminer le relevé du méridien de Paris. Pris dans la guerre en Espagne, il est fait prisonnier, s'évade plusieurs fois, et rentre à Paris en héros trois ans plus tard. Cette gloire lui permet d'être élu membre de l'Académie des sciences à seulement vingt-trois ans et nommé professeur de géométrie analytique et de géodésie à l'École polytechnique. Il installe ses appartements au sein même de l'Observatoire de Paris, dont il a été directeur et qui lui servira de foyer jusqu'à sa mort. En optique, Arago est un adepte de la théorie ondulatoire. Avec Biot, il détermine l'indice de réfraction de l'air et d'autres gaz. En 1825, il est chargé avec Dulong de déterminer la tension de la vapeur d'eau à des pressions dépassant 30 atm. Ses autres études sont consacrées à l'astronomie, au magnétisme et à la polarisation de la lumière. Il détermine, par exemple, le diamètre des planètes et a expliqué entre autres la scintillation des étoiles à l'aide du phénomène des interférences. A été membre de toutes les académies et député. Touche à tout, il se mêle aux expériences de mesure de la vitesse du son et étudie les cuves sous pression. Il fait creuser le premier puits à Paris, dans l'actuel quinzième arrondissement. Il inspire à Foucault son expérience des miroirs tournants, qui permettra de mesurer la vitesse de la lumière avec précision. Il promeut la photographie alors naissante en soutenant le daguerréotype mis au point par Daguerre. Directeur de l'Observatoire, secrétaire de l'Académie des sciences, il est un orateur redoutable, capable de défaire les plus brillants contradicteurs. Il est aussi un grand pédagogue et un vulgarisateur scientifique au sens noble du terme. C'est lui qui ouvre l'Académie des sciences aux journalistes. Il dirige aussi un cours public d'astronomie populaire qui ne désemplit pas. On vient des quatre coins de la France pour l'entendre. Arago a aussi joué un grand rôle politique. Il fut pendant la monarchie de Juillet une des figures du parti républicain. Après la révolution de 1848, il a été ministre de la Guerre et de la Marine dans le gouvernement provisoire de la Seconde République, mis en place par Lamartine. Il a contribué à ce titre à l'abolition de l'esclavage dans les colonies françaises. Pour finir, il a été le dernier chef d'état de la seconde République quelques semaines avant la prise de pouvoir de Napoléon III. La Royal Society lui décerne la médaille Copley en 1825, puis la Médaille Rumford en 1850. L'astéroïde 1005 Arago a été nommé en son honneur.

Blanqui, Louis Auguste dit l'Enfermé, (Puget Théniers, 1er février 1805 - Paris, 1er janvier 1881) était un révolutionnaire républicain socialiste français, associé aux socialistes utopiques. Il doit son surnom l'Enfermé au fait qu'il passa la plus grande partie de son existence en prison. Il est né à Puget-Théniers, fils de Jean Dominique Blanqui. Son père Jean Dominique Blanqui, élu conventionnel, arrêté en octobre 1793, avait lui-même connu la prison en 1793, expérience qu'il a relatée dans son ouvrage « L'agonie de dix mois », puis fut sous-préfet d'Empire. Auguste étudie le droit et la médecine Il est élevé à Paris à l'institution Massin où enseignait son frère aîné Adolphe (futur économiste libéral). Mais sa véritable vocation sera la politique lorsqu'il se fera le champion du républicanisme sous le règne de Louis-Philippe Ier. Carbonaro depuis 1824, Auguste Blanqui est mêlé à toutes les conspirations républicaines cette époque. En 1827, il prend part au combat de rue qui a lieu à Paris rue Saint-Denis, et y est grièvement blessé. Il entre au journal de Pierre Leroux, « Le Globe », fin 1829 puis participe à la Révolution de 1830 et s'inscrit à la société républicaine « Amis du peuple ». Il se lie avec Buonarrotti, Raspail et Barbès. En janvier 1831, au nom du Comité des écoles, il rédige une proclamation menaçante. A la suite de manifestations, il est arrêté et emprisonné à la Force, pendant trois semaines. Mais, récidiviste et prêchant toujours la violence, il est de nouveau arrêté et inculpé de complot contre la sûreté de l'Etat. Après un nouveau séjour en prison, impénitent, il reprend ses activités révolutionnaires, à la Société des saisons, qui continue, en 1838, la Société des familles. Il se rend assidûment à la fabrique de poudre de la rue Lourcine où l'on fabrique la poudre, rue Dauphine, où l'on fabrique les cartouches pour les insurrections futures. Le 6 mars 1836, il est arrêté, fait huit mois de prison, puis est mis en surveillance à Pontoise. Le 12 mai 1939, de retour à Paris, avec Barbès et Martin-Bernard, il prend part à l'insurrection qui prend le Palais de justice, échoue à prendre la Préfecture de police, et occupe un instant l'Hôtel de ville. L'émeute ayant avortée il reste caché 5 mois, mais il est arrêté le 14 octobre. Le 14 janvier 1840, il est condamné à mort, sa peine étant commuée en prison perpétuelle, il est enfermé au Mont-Saint-Michel. En 1844, malade, il est ramené à Tours et libéré en avril 1847. Libéré, il s'associe à toutes les manifestations parisiennes de mars à mai pendant la Révolution de 1848. La violence de la Société républicaine centrale, qu'il a fondée pour exiger une modification du gouvernement, le met en conflit avec les républicains modérés. Arrêté après le 26 mai, il est enfermé à Vincennes. Le procès s'ouvre à Bourges devant la haute cour le 7 mars 1849. Il est condamné à dix ans de prison et envoyé à Doullens. En octobre 1850, il est envoyé à Belle-Isle-en-Mer; en décembre 1857, à Corte; en 1859, déporté en Afrique. Le 16 août 1859, il est libéré. Révolutionnaire toujours, il reprend sa lutte contre l'Empire. Le 14 juin 1861, il est arrêté, condamné à 4 ans de prison, et mené à Sainte-Pélagie. Il s'évade en août 1865, et continue sa campagne de propagande contre le gouvernement depuis son exil, jusqu'à ce que l'amnistie générale de 1869 lui permette de rentrer en France. C'est au cours de ces années qu'un parti blanquiste naît et s'organise en sections. Le penchant de Blanqui pour l'action violente s'illustre en 1870 avec deux tentatives d'insurrection échouées : la première le 12 janvier lors des funérailles de Victor Noir, (journaliste mort d'un coup de feu tiré par Pierre Bonaparte); la seconde le 14 août, lorsqu'il tente de s'emparer d'un dépôt d'armes. Jusqu'à la chute de l'Empire et au-delà de la proclamation de la République du 4 septembre. Blanqui crée un club

Il fait partie du groupe insurrectionnel qui occupe l'Hôtel de ville quelques heures le 31 octobre. Le 9 mars, il est condamné à mort par contumace. Adolphe Thiers, chef du gouvernement, conscient de l'influence de Blanqui sur le mouvement social parisien, le fait arrêter le 17 mars 1871 alors que, malade, il se repose chez un ami médecin à Bretenoux (Lot). Il est conduit à l'hôpital de Figeac, et de là à Cahors. Emmené à Morlaix, le 24 mai il est emprisonné au château de Taureau. Le 18 mars Thiers tente de s'emparer des canons sur la butte Montmartre, mais la population s'y oppose : ce sont ces événements qui aboutiront à la proclamation de la Commune de Paris dont Blanqui sera élu comme tête de liste dans de nombreux quartiers alors qu'il est détenu hors de Paris. Une majorité de « Communards » se reconnaissaient en Blanqui qui s'il avait été à Paris aurait pu fortement modifier le cours de l'histoire. Karl Marx est convaincu que Blanqui était le chef qui a fait défaut à la Commune. Ramené à Paris, il est jugé le 15 février 1872 et condamné avec d'autres communards à la déportation, peine commuée en emprisonnement eu égard à son état de santé. Il est interné à Clairvaux. En 1877, il est transféré au château d'If. Le 20 avril 1879 il est élu député de Bordeaux; bien que son élection soit invalidée le 1er juin, Blanqui est libéré le 11 et grâcié. Il parcourt alors la France et diffuse ses idées dans son journal « Ni Dieu Ni Maître ». Après avoir prononcé un discours au cours d'un meeting révolutionnaire à Paris, fin 1880, il fit une crise d'apoplexie et meurt le 1er janvier 1881. Ses obsèques sont suivies par cent mille personnes. Il est inhumé dans la 91e division du cimetière du Père Lachaise à Paris (gisant réalisé par Aimé-Jules Dalou). Blanqui s'apparente au socialisme dit « métaphysique ». Dans son ouvrage L'Eternité par les astres (1872) il expose que la combinaison d'atomes dont nous résultons se reproduit un nombre infini de fois (dans l'infinité de l'espace et du temps) de sorte que chacun de nous a une infinité de sosies. Dans son recueil de textes intitulé La critique sociale paru en 1886, Blanqui expose trois thèses sur lesquelles Karl Marx va lui-même s'appuyer : 1. la société civile dépend entièrement du mécanisme des échanges ; 2. l'histoire se développe tout entière autour du combat pour la lutte économique pour la richesse ; 3. la société humaine évolue vers le communisme et sa marche est accélére par les abus du capitalisme.

Carrel, Armand né le 8 mai 1800 à Rouen et décédé le 22 juillet 1836 à Saint-Mandé, est un journaliste et écrivain politique français. Fils d'un marchand aisé, Armand Carrel a été éduqué au collège de Rouen à la suite de quoi il a intégré Saint-Cyr dont il est sorti avec le grade de sous-lieutenant. Entré dans l'armée, il prend part à la conspiration de Belfort, un complot militaire visant à renverser les Bourbons et à proclamer la République. Lorsque la guerre avec l'Espagne éclate en 1823, il donne sa démission et se rend en Espagne où il s'engage dans la Légion étrangère et se bat contre ses anciens camarades pour la cause constitutionnelle : il s'enrôla dans un bataillon français qui combattait pour les Cortès. Fait prisonnier près de Figueres, après la reddition de la Légion, par le général Damas, il est d'abord condamné à mort par un conseil de guerre, et n'échappa qu'avec peine à une condamnation capitale (1824). Il fut gracié par un autre tribunal et libéré. De retour à Paris, il devient le secrétaire de l'historien Augustin Thierry qui l'initie au style. Il rédige à cette époque son Histoire de la contre-révolution en Angleterre. Il rédige également des articles pour Le Constitutionnel, Le Globe, Le Producteur, La Revue américaine et La Revue française. Au commencement de 1830, il fonde Le National avec Thiers et Mignet , feuille qui dès son apparition exerça une grande influence sur l'opinion ; journal républicain qui jouera un grand rôle dans l'avènement des Trois glorieuses par ses attaques incessantes contre le régime de Charles X. Resté seul aux commandes du National après la nomination de Thiers et de Mignet à des portefeuilles ministériels, il en fait le principal organe de la place politique parisienne auquel collaboreront, à des époques diverses, Nisard et Sainte-Beuve. Bientôt mécontenté par les mesures du gouvernement et surtout par le ministère de Casimir-Perier, il passe dans l'opposition et prône un nouveau changement de régime. Ses opinions lui attirèrent de nombreux ennuis, dont un emprisonnement à Sainte-Pélagie, plusieurs passages devant les tribunaux et deux duels avec des rédacteurs de journaux rivaux. Il eut par suite à soutenir plusieurs procès de presse, dont un en 1834, devant la Cour des Pairs : il se défendit lui-même et montra une grande hardiesse. La dernière affaire qui devait l'emporter fut la querelle avec le fondateur de La Presse, Émile de Girardin qui avait réussi à multiplier le nombre des abonnés en réduisant le prix de ses abonnements de moitié grâce à l'usage d'encarts publicitaires. Le préjudice causé aux intérêts financiers de ses confrères suscita une polémique entre La Presse et Le National à la suite de laquelle Armand Carrel provoqua Émile de Girardin en duel. La dispute aurait pu, n'eût été l'obstination de Carrel, s'arranger à l'amiable. Lors du duel, Girardin fut blessé à la cuisse et Carrel à l'aine. Transporté chez un ami, il succombera à sa blessure deux jours plus tard. Armand Carrel était moins démocrate que républicain. Son modèle constitutionnel était celui des États-Unis même s'il critiquait certains des aspects de ce pays, tels que l'esclavage ou le matérialisme. Sa référence est avant tout les pères fondateurs de la république américaine, et surtout de Washington qui a su se retirer de la vie publique après deux mandats. Carrel exerçait un grand empire sur son parti : seul peut-être il eût pu le discipliner; il a mérité l'estime de ses adversaires mêmes par la loyauté de son caractère. Littré a dit de celui dont Chateaubriand fut l'ami et l'admirateur, qu'il était l'« André Chénier de la politique ».

Émile Maximilien Paul Littré (Paris, 1er février 1801 - Paris, 2 juin 1881) était un philologue et médecin français. Issu d'un milieu modeste, il réussit des études brillantes et suit les cours de la faculté de médecine. À la mort de son père, il doit abandonner cette carrière et se destine au journalisme, fondant un journal médical en 1828. Il traduit les œuvres d'Hippocrate et entre à l'Académie des inscriptions en 1844, il y est chargé de collaborer à l'Histoire littéraire de la France. Il devient un disciple d'Auguste Comte, le fondateur du positivisme, mais ne le suit pas dans son mysticisme. Républicain de longue date, il devient membre du conseil municipal de Paris à la suite de la Révolution de 1848. En 1863, il est candidat à l'Académie française, mais l'évêque d'Orléans, Félix Dupanloup, s'oppose à cette élection. Il commence alors son Dictionnaire de la langue française, qui lui demandera dix ans de travail. Il s'exile à Bordeaux face à la guerre de 1870. À son retour, il est élu député de la Seine en 1871, année où il accède enfin à l'Académie française, provoquant ainsi l'éloignement de Mgr Dupanloup. Il est élu sénateur en 1875, mais ne cesse de travailler.

Carnot, Lazare Hippolyte (né le 6 avril 1801 à Saint-Omer, Pas-de-Calais - décédé le 16 mars 1888 à Paris), homme politique français. 1. Fils de Lazare Nicolas Marguerite Carnot, « Le grand Carnot » (Nolay, 13 mai 1753 - Magdebourg, 22 août 1823) scientifique, général et politicien de la Première République française. Membre de la Convention nationale. Il fut surnommé « l'Organisateur de la victoire » et participa à la fondation de l'École polytechnique avec Gaspard Monge. 2. Frère cadet de Nicolas Léonard Sadi Carnot (usuellement appelé Sadi Carnot), physicien français, né le 1er juin 1796 à Paris, mort le 24 août 1832 à Paris.3. Oncle de Marie François Sadi Carnot (1887-1894), Président de la République française, assassiné durant son mandat à Lyon par l'anarchiste Caserio. Lazare Hippolyte Carnot adhéra pendant quelque temps au mouvement du saint-simonisme. Il collabora pendant plusieurs années au journal le Producteur, avec Enfantin, principal propagateur de cette doctrine. Ministre de l'Instruction publique en 1848, H. L. Carnot fonda l'École d'administration destinée à préparer les administrateurs gouvernementaux; elle fut de courte durée mais l'idée en fut reprise pour l'ENA. Il introduisit, la méthode de Lancastre dans beaucoup d'écoles (cours du soir, supports d'adultes et petites bibliothèques). Il accrut les salaires des professeurs des écoles, auxquels il demandait : « d'enseigner aux enfants les vertus de la République démocratique ». Son projet de loi le plus célèbre, fut soumis à l'Assemblée le 30 juin. Supplanté par la loi Falloux de 1850, plusieurs de ses propositions seront néanmoins reprises postérieurement (loi Falloux et surtout Ferry en 1880)… Le premier (respectivement art. 2 et 6), il rendait obligatoire et gratuite l'instruction primaire pour les deux sexes: « de sorte que les citoyens puissent correctement exercer le suffrage universel et supprimer les distinctions entre riches et dans les établissements publics ». Les professeurs recevraient trois ans de formation dans une école normale, gratuite mais, en contrepartie, seraient obligés d'enseigner pendant dix ans, avec un salaire minimum garanti de 600 à 1 200 francs pour les hommes et de 500 à 1 000 francs pour des femmes…En dépit des exhortations du Corps enseignant décidé « à dispenser un catéchisme républicain », le projet de Carnot n'avait pas prévu d'étendre le monopole d'État et incluait même une disposition garantissant la liberté de l'éducation. Défait aux sénatoriales de 1849, Carnot regagna son siège dans une élection partielle en 1850 et fut l'un des députés qui s'opposa au coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte, le 2 décembre 1851. Il démissionna après avoir refusé le serment de fidélité à Louis-Napoléon. De nouveau sénateur, il mourut à Paris le 16 mars 1888.

Louis Eugène Cavaignac, né le 15 octobre 1802 à Paris et mort le 28 octobre 1857 à Ourne dans la Sarthe, fut un général et homme politique français. Il fut gouverneur de l'Algérie. Entré à l'École polytechnique en 1820, il poursuit sa formation de 1822 à 1824 à l'École d'application d'artillerie à Metz. Il entra dans le génie et fit la campagne de Morée. Après la révolution de 1830, il manifesta hautement ses tendances républicaines comme son frère aîné Godefroy; ce qui le fit mettre temporairement en disponibilité, fut envoyé éloigné en Algérie en 1832 dand l'armée d'Afrique. Il se signala dans plusieurs expéditions périlleuses, résista pendant quinze mois dans le méchouar de Tlemcen à tous les efforts d'Abd-el-Kader (1836-1837), défendit également avec un courage héroïque la place de Cherche et y fut blessé (1840), eut part à la victoire d'Isly, où il commanda l'avant-garde (1844), et fut, en récompense, élevé au grade de général de brigade. Lorsque la révolution de Février 1848 eut éclaté, il fut nommé général de division et gouverneur général de l'Algérie en 1848 par le gouvernement provisoire, il revient cependant en métropole et se fait élire représentant du peuple dans les départements de la Seine et du Lot. Il est appelé au ministère de la guerre à la suite de l'attentat du 15 mai contre l'Assemblée nationale. Peu de jours après, il eut à réprimer durement la terrible insurrection de juin, comme ministre de la Guerre, par la Garde Nationale et par l'armée, la tentative de révolution socialiste des 23/26 juin, dites Journées de Juin, suscitée parles partisans de la République démocratique et sociale. Il reçut à cet effet le titre de chef du pouvoir exécutif : il montra d'abord quelque hésitation sur les mesures à prendre, mais il déploya bientôt la plus grande énergie et parvint, après quatre jours d'une lutte acharnée (23, 24, 25 et 26 juin), à se rendre maître du mouvement : le bâton de maréchal de France lui fut offert en récompense, mais il ne crut pas devoir l'accepter. Il occupe le poste de président du Conseil des ministres 28 juin au 20 décembre 1848, jouissant à ce poste de pouvoirs quasi-dictatoriaux. Investi d'un pouvoir dictatorial, il dut, pour prévenir le retour du désordre, ordonner la mise en état de siège, la suspension des journaux hostiles, la transportation des insurgés. En même temps il refusait son concours à la propagande révolutionnaire, offrait un asile au pape, chassé de ses États, et envoyait des troupes en Italie pour protéger sa retraite. Après la promulgation de la nouvelle constitution, la constitution du 4 novembre instaurant la deuxième République et l'élection du président de la République au suffrage universel, il se porta candidat à la présidence de la République, mais il ne put guère réunir que le cinquième des suffrages : il résigna le pouvoir avec une simplicité digne. Il fut nettement battu par Louis-Napoléon Bonaparte, à qui il refusa de prêter serment après le coup d'État du 2 décembre 1851. Élu député de Paris en 1852, réélu en 1857, il refusa de prêter serment à l'Empire et alla vivre dans la retraite, se retirant dans la Sarthe. Il mourut subitement en octobre 1857, à son château d'Ourne (Sarthe). E. Cavaignac a mérité le respect de ses adversaires mêmes; comme homme politique, il s'est montré droit et sincèrement dévoué à la cause républicaine. Il était de caractère irrésolu : les Arabes l'appelaient un roseau peint en fer. M. Hippolyte Castille a donné sa Biographie; M. de La Guéronnière a tracé son portrait (dans ses Études et portraits politiques).

Cavaignac, Eléonore-Louis Godefroy (1801 - 1845), journaliste républicain, frère aîné d'Eugène de Cavaignac. Tous deux fils du baron Jean-Baptiste de Cavaignac, (1762-1829), lui-même militaire et homme politique et de Mme de Cavaignac née Marie-Julie de Corancez.En 1830 après les Trois Glorieuses et l'avènement de la Monarchie de Juillet, journaliste au National, il devient l'un des leaders du parti républicain. Avril 1831, Godefroy Cavaignac, accusé d'avoir fomenté des troubles à Paris lors du procès des ministres de Charles X, déclare lors de son procès : « … je le déclare sans affectation comme sans crainte, de cœur et de conviction : Je suis républicain ». Acquitté avec ses coaccusés, il fut porté en triomphe par plus de trois mille manifestants et, le soir, un grand nombre de maisons furent illuminées. En 1834, la Société des Droits de l'Homme, naguère secrète, se consacre à entretenir une agitation aussi républicaine que permanente contre la Monarchie de Juillet. Ses têtes pensantes : les deux frères Arago, Louis Blanc, Victor Schœlcher, Ledru-Rollin, Blanqui et Godefroy Cavaignac, organisent la nuit d'émeutes du 15 avril 1834, pendant laquelle tous les habitants de la rue Transnonain, d'où était parti un coup de feu, furent massacrés au canon par l'armée. Cet événement inspira, le massacre de la rue Transnonain, célèbre dessin d'Honoré Daumier. Le 16 avril, 164 « conjurés » sont arrêtés et tranférés à la prison de Sainte-Pélagie, sans aucun jugement. Trois mois plus tard, Barbès et Godefroy Cavaignac organiseront de l'intérieur même de la prison, le 12 juillet 1835 - « la grande évasion » en sortant avec 26 autres des 164 « conjurés » de cette prison parisienne pourtant réputée « infranchissable ». Ses amis républicains lui feront, en 1845, de grandes funérailles au Cimetière de Montmartre, où il 'bénéficiera' d'un gisant en bronze de François Rude (1784-1855) et d'Ernest Christophe (1827-1892).

Chevènement, Jean-Pierre est un homme politique français de gauche, ancien membre du Parti socialiste et fondateur du Mouvement des citoyens. Il est depuis le 26 janvier 2003 le Président d'honneur Mouvement républicain et citoyen. En 2004, il fonde l'association pour la Fondation "Res Publica" qui a pour ambition de promouvoir "le modèle républicain". Jean-Pierre Chevènement veut ainsi sensibiliser décideurs et citoyens à ' ce que représente la République comme exigence et comme abnégation '. ' Res Publica ' s'attache à mener ' une réflexion prospective ' afin de ' nourrir ou éclairer une vision politique à long terme '. ' Res Publica ' n'est pas ' une fondation de parti '. La Fondation a été déclarée d'utilité publique par décret, le 30 décembre 2005.

Clemenceau, Georges Benjamin, né le 28 septembre 1841 à Mouilleron-en-Pareds en Clemenceau étudia la médecine et obtint son doctorat en 1865 avec une thèse intitulée De la génération des éléments atomiques. Malgré cela il consacra l'essentiel de sa vie à la politique. En 1865, il quitta la France pour l'Angleterre puis les États-Unis où il se maria. Il revint en 1868 et entreprit une carrière politique dans le camp des opposants à Napoléon III. En tant que jeune journaliste, il s'en prend violemment aux travaux de Louis Pasteur (qui n'était pas médecin). Toutefois, une fois les démonstrations de ce dernier effectuées et avalisées par Joseph Lister, il reconnut de bonne grâce son erreur. Élu républicain radical de la ville de Paris en 1870, il se charge de missions entre la Commune de Paris et le Gouvernement provisoire qui siégeait à Versailles, sans grands résultats, les divergences étant trop grandes entre ces deux pouvoirs. En mars 1871, en tant que député il proposait à l'Assemblée nationale de restituer la Corse à l'Italie. Farouchement opposé à la colonisation, il s'opposa à Jules Ferry qui déclarait : "Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le droit de civiliser les races inférieures". (Discours devant la Chambre des députés, 29 juillet 1885). Clemenceau lui répondra en ces termes : "Les races supérieures ont sur les races inférieures un droit qu'elles exercent et ce droit, par une transformation particulière, est en même temps un devoir de civilisation. Voilà, en propres termes, la thèse de M. Ferry et l'on voit le gouvernement français exerçant son droit sur les races inférieures en allant guerroyer contre elles et les convertissant de force aux bienfaits de la civilisation. Races supérieures ! Races inférieures ! C'est bientôt dit. Pour ma part, j'en rabats singulièrement depuis que j'ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande, parce que le Français est d'une race inférieure à l'Allemand. Depuis ce temps, je l'avoue, j'y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation et de prononcer : homme ou civilisation inférieure ! ... Je ne veux pas juger au fond la thèse qui a été apportée ici et qui n'est autre chose que la proclamation de la puissance de la force sur le Droit.." (Discours devant la Chambre des Députés, 30 juillet 1885) Il acculera finalement Jules Ferry à la démission après l'affaire du Tonkin en 1885. Auparavant, il avait déjà fait chuter le ministère de Léon Gambetta (1882), d'où le surnom de ' tombeur de ministères '. Il est un opposant farouche des opportunistes ralliés à la République faute de mieux, et siège à l'extrême-gauche de l'Assemblée. Le scandale de Panama entraîne son échec - de peu (8610 électeurs sur 18000 votants) - aux élections de 1893, malgré le fameux discours de Salerne où il prononce une phrase restée célèbre ' Où sont les millions ? '. Il s'éloigne alors quelque temps de la politique pour se consacrer à ses activités de journaliste et d'écrivain. Lorsqu'éclate l'Affaire Dreyfus, Clemenceau se place résolument dans le camp des dreyfusards. Il sera l'un des plus brillants avocats de cette cause aux côtés de Jean Jaurès et d'Émile Zola. Il publiera d'ailleurs dans son quotidien L'Aurore le fameux ' J'accuse ' de ce dernier en 1898. L'Affaire Dreyfus le ramène d'ailleurs à la politique : d'abord élu sénateur, il est un ardent défenseur de la loi de séparation des Églises et de l'État; il en fait le deuxième thème de son discours prononcé à la Roche-sur-Yon[1] le 30 septembre 1906. Il devient en 1906 président du Conseil et ministre de l'Intérieur, postes où il s'illustre par sa férocité contre les mouvements sociaux, réprimant dans le sang la grève des mineurs du Pas-de-Calais et la révolte des vignerons en Languedoc-Roussillon, ce qui lui vaut le surnom de "premier flic de France". Il soutient parallèlement la fondation de la police scientifique par Alphonse Bertillon et des Brigades du Tigre par Célestin Hennion. Au début de la Première Guerre mondiale, il est dans l'opposition, mais Raymond Poincaré qui pourtant ne l'apprécie guère, l'appelle en novembre 1917 à la tête du gouvernement. Il restaure la confiance, mettant tout en œuvre pour que la République soutienne le choc de cette guerre. ' Ni trahison, ni demi-trahison : la guerre ! ' proclame-t-il. Et il fait arrêter Malvy et Joseph Caillaux, le second sans motif sérieux mais simplement parce qu'il est partisan d'une paix négociée. (Guillaume II prédisait justement le contraire, assurant que les démocraties - France et Royaume-Uni - s'effondreraient d'elles-mêmes si la guerre devait durer). Plus résolu et plus intransigeant que jamais, il devint un véritable dictateur (au sens antique du terme) et conduit une politique de salut public qui porte ses fruits l'année suivante. " Je fais la guerre, je fais toujours la guerre ", dit-il le 8 mars 1918 à la tribune de l'Assemblée, pour résumer son jusqu'au-boutisme. En d'autre temps, cet autoritarisme lui aurait valu la mise au ban du monde politique français. En la circonstance, il sort de l'épreuve nanti d'une grande popularité, tant chez les civils que parmi les Poilus. Ses nombreuses visites au front ne sont certes pas étrangères à cela. Soutenant le général Foch dans les heures critiques du printemps 1918, il impose sa marque profonde sur la dernière année du conflit. Plus que jamais, son surnom de "Tigre" est à la fois célèbre et mérité. A celui-ci vient s'ajouter celui de "Père la Victoire", qui résume à lui seul la part prise par lui au redressement de 1918 (notamment pour son rôle dans la création du commandement unique, au mois de mars). Clemenceau est chargé d'annoncer à la Chambre et au pays les conditions de l'armistice du 11 novembre 1918. L'histoire donnera raison à Clemenceau qui reçoit alors le surnom de ' Père-la-Victoire ', mais ce surnom se transformera vite en l'ironique "Perd-la-Victoire" à cause des limitations américaines et britanniques aux demandes françaises. L'année suivante et en compagnie du président de la République, il entreprend un voyage dans l'Alsace et la Lorraine reconquise. Représentant de la France à la conférence de Versailles, dont il assure la présidence, il porte à ce titre une part de responsabilité dans l'échec du traité signé le 28 juin 1919. Poussé par une opinion publique traumatisée par la guerre ("le boche doit payer"), ses exigences envers l'Allemagne sont en effet exorbitantes. Concessions territoriales et versement de réparations gigantesques sont les deux pans de son programme. Cela lui vaut de nouveaux ennemis. Le 19 février 1919 l'anarchiste Cottin lui tire dessus à trois reprises, sans le blesser grièvement lors d'un attentat. Une balle, jamais extraite, se loge dans l'omoplate à quelques millimètres de l'aorte. Six jours plus tard pourtant, il reprend ses activités, faisant preuve d'une santé remarquablement vigoureuse pour son âge. Il conserve d'ailleurs son poste de président du Conseil jusqu'en 1920. En 1920, il brigue la fonction de Président de la République, ou plutôt il ne songe même pas à se porter candidat tellement l'opinion est persuadée qu'il ne peut qu'être élu. Mais son âge inquiète les catholiques : un président si vieux, c'est la perspective d'obsèques civiles à l'Elysée. Il commet la faute de narguer Aristide Briand en assurant que ce dernier va battre la semelle pendant sept ans devant l'Elysée, c'est-à-dire qu'il ne sera pas ministre. Au bout du compte le Congrès de Versailles l'écarte au profit de Paul Deschanel. C'est la fin définitive de sa longue carrière politique. Il passe les dernières années de sa vie à écrire (dont une réflexion sur les changements qu'il a observés au cours de sa vie, ' Au soir de la pensée ') et à voyager. Il consacre les dernières années de sa vie aux voyages (en Égypte puis aux Indes au mois de septembre 1920 et aux États-Unis à l'automne 1922). Il meurt en 1929 à Paris. Vendée, mort le 24 novembre 1929 à Paris, fut un journaliste et un homme politique français.

Delescluzes, Charles Louis (Dreux, 1809 - 25 mai 1871) était un journaliste et homme politique français. Il lance la Solidarité républicaine en novembre 1848 avec Ledru-Rollin et Mathieu de la Drôme. C'est son interdiction et les lois sur les clubs qui les contraignent à adopter une forme clandestine. Déporté à Cayenne après le coup d'État du 2 décembre 1852, il est prisonnier politique à Corte en 1857. Il est amnistié en 1860. À propos de Cayenne il écrivit : ' À l'aspect de ces lieux charmants, on se prend à songer que les esprits fatigués ne sauraient demander un lieu plus propice au repos, et voilà qu'après avoir commencé par en faire un désert, la civilisation en fait maintenant un bagne !' Le 2 juillet 1868 Charles Delescluzes fonde Le Réveil, un hebdomadaire qui devient quotidien et propage les idées de l'Internationale. Il cesse de paraître au mois de mai 1871, après la répression de la Commune de Paris. Élu jacobin de la Commune de Paris, délégué à la Guerre, il en est une des figures les plus significatives, incarnant la tradition jacobine et imposant son autorité par sa sagesse. Il signe l'affiche 293 de la Commune de Paris adressée ' À la Garde Nationale ' comme délégué civil à la Guerre. Il est tué le 25 mai 1871 pendant la Semaine sanglante, tandis qu'il gravit la barricade du Château-d'Eau, sachant la cause de la Commune perdue.

Ferry, Jules (5 avril 1832 à Saint-Dié-des-Vosges - 17 mars 1893 à Paris) est un homme politique français. Né de Charles-Edouard Ferry, avocat, et d'Adèle Jamelot, élève au collège de Saint-Dié-des-Vosges jusqu'en 1846, puis au lycée de Strasbourg, il est ensuite étudiant à la faculté de droit de Paris. Il devient avocat réputé, passionné par la politique. Il est vite spécialisé dans la défense juridique des républicains. Il collabore régulièrement aux journaux suivants : La Presse, Le Courrier de Paris, Le Temps. Opposant actif au Second Empire, il connaît la notoriété en publiant en 1868 une brochure accusatrice contre le préfet de la Seine ' Les comptes fantastiques d'Haussmann '. Il est élu député républicain de la 6e circonscription de Paris en mai 1869.Il est ministre de l'instruction publique. Le 4 septembre 1870, il devient membre du gouvernement de la Défense Nationale. Maire de Paris du 16 novembre 1870 au 18 mars 1871, il eut la charge d'assurer le ravitaillement de la capitale assiégée par l'armée prussienne. Les restrictions alimentaires qu'il fallut imposer lui valent le surnom de ' Ferry-Famine '. Aux élections du 8 février 1871, il se fait élire représentant des Vosges à l'Assemblée Nationale et sera réélu député en 1876, siège qu'il conservera jusqu'en 1889. Il est nommé par Adolphe Thiers ambassadeur à Athènes (1872-1873). De retour à Paris, il devient l'un des chefs de l'opposition républicaine jusqu'à l'élection de Jules Grévy à la présidence. Nommé ministre de l'Instruction publique du 4 février 1879 au 23 septembre 1880 dans le cabinet Waddington, il attache son nom aux lois scolaires. Premières mesures Président du Conseil du 23 septembre 1880 au 10 novembre 1881, il poursuit la mise en place des lois sur l'enseignement. De nouveau ministre de l'Instruction du 31 janvier au 29 juillet 1882 (Ministère Freycinet), il continue son œuvre scolaire. Parallèlement, Jules Ferry se montre un partisan actif voire zélé de l'expansion coloniale française : Tunisie dont il obtient le protectorat le 12 mai 1881 par le traité du Bardo, Madagascar, Congo, Tonkin. Ce dernier dossier lui sera fatal lors de sa seconde présidence du Conseil commencée le 21 février 1883. Il s'était d'ailleurs réservé le portefeuille des Affaires étrangères. Il est à noter qu'alors les conservateurs, comme Adolphe Thiers, sont opposés à la colonisation, qu'ils accusent de détourner hors du territoire les investissements, tandis que les progressistes y sont favorables pour des questions idéalistes--mais la gauche républicaine de Clemenceau y est opposé également parce-que les aventures colonialistes détournent l'attention des provinces perdues d'Alsace et de Lorraine. Les positions s'inverseront diamétralement en trois ou quatre générations. Ayant obtenu d'un vote de la Chambre les crédits nécessaires à la conquête du Tonkin, il provoque une extension du conflit à la Chine. L'annonce de l'évacuation de Lang-Son déclenche une violente opposition parlementaire et provoque sa chute le 30 mars 1885. Il connaît alors une vague d'impopularité en France.

Flourens, Gustave (1838-) Républicain rouge, il prend fait et cause pour les crétois insurgés contre l'Empire ottoman et sollicite en leur faveur les gens d'opinion avancée dans toute l'Europe dont Victor Hugo, l'ancien concurent malheureux de son père à l'Académie française. Député de la Crète au parlement grec, il rentre en France après le 4 septembre 1870 et est l'un des organisateur de l'émeute du 31 octobre 1870 contre la politique jugée trop tiède du gouvernement de Défense nationale par les plus radicaux. Emprisonné, il est libéré par le 18 mars 1871 et est élu à la Commune par le XIXe arrondissement. Nommé général et chargé de la défense du Paris révolutionnaire, il est tué le 3 avril 1871 à Chatou alors qu'il était désarmé par le capitaine de gendarmerie Desmarets, futur juge de paix à la Garnache en Vendée et protégé du comte de Baudry d'Asson.

Gambetta, Léon (2 avril 1838 à Cahors - 31 décembre 1882 à Ville-d'Avray) est un homme politique français. Fils d'un immigré italien, Léon Gambetta opta pour la nationalité française en 1859 à l'âge de 21 ans. Avocat, il se fit connaître comme opposant au régime impérial en défendant Charles Delescluze en 1868. Il est candidat aux élections de 1869. Le Programme de Belleville désigne le discours retentissant prononcé par Léon Gambetta dans le quartier de Belleville, alors qu'il était candidat aux élections législatives en 1869. Gambetta s'y montre favorable à des mesures radicales, que reprendra par la suite la gauche républicaine. Il milite pour la liberté complète de la presse et la séparation de l'Église et de l'État. Il souhaite l'instauration de l'impôt sur le revenu et l'élection des fonctionnaires, se déclarant également prêt à la suppression des armées permanentes. Ce discours pose les grandes lignes de bataille de l'opposition républicaine face aux candidats officiels de Napoléon III, puis face aux monarchistes des années 1870. Il siégea avec la minorité républicaine qui s'opposa à la guerre de 1870. Le 7 octobre 1870, chargé par le gouvernement de la Défense nationale pour diriger la guerre en province, Gambetta quitta Paris en ballon pour lever de nouvelles troupes, mais son projet de libérer la capitale échoua. À Tours, il organisa un nouveau gouvernement qui dut se replier à Bordeaux. Lors de la capitulation de Paris, le 20 janvier 1871, Gambetta proposa de continuer la guerre. Traité de ' fou furieux ' par Adolphe Thiers, il accepta finalement l'armistice. Il représenta le Bas-Rhin à l'Assemblée nationale du 8 février au 1er mars 1871, démissionnant lorsque ses électeurs furent abandonnés à l'Allemagne. Il se retira quelques mois en Espagne et en Suisse, mais revint se faire élire député de la Seine dès le 2 juillet 1871. Réélu triomphalement député du 20e arrondissement de Paris en 1875 et en 1877, il perdit ensuite la confiance de la population ouvrière de Belleville et des quartiers environnants qui lui reprochait son indifférence aux conditions sociales et son refus de voter l'amnistie des anciens communards. Le candidat qu'il soutint fut battu en 1880 par un inéligible, Alexis Trinquet, condamné pour avoir fait partie du Conseil général de la Commune, et Léon Gambetta renonça définitivement à toute activité politique dans cet arrondissement populaire de Paris après une réunion électorale le 16 août 1881 qui réunit 8000 personnes rue Saint-Blaise dans le quartier de Charonne au cours de laquelle il fut contraint d'abandonner la tribune une demi-heure après son arrivée devant l'hostilité de l'auditoire. Il fut Président de la Chambre des députés de 1879 à 1881 puis Président du Conseil et Ministre des Affaires Étrangères du 14 novembre 1881 au 27 janvier 1882. Voir à ce sujet la page Gouvernement Léon Gambetta. Blessé à la main, officiellement en réparant son pistolet ou peut-être par sa maîtresse Léonie Léon, il contracta une septicémie qui l'emporta en quelques jours à l'âge de 44 ans. Léon Gambetta est mort à Sèvres dans les Hauts-de-Seine. Le 11 novembre 1920, jour où fut inhumé le soldat inconnu, le cœur de Gambetta est transféré au Panthéon.

Hugo, Victor, né le 26 février 1802 à Besançon, décédé le 22 mai 1885 à Paris à l'âge de 83 ans, est le plus important des auteurs romantiques de langue française. Son œuvre est très diverse : romans, poésie lyrique, drames en vers et en prose, discours politiques à la chambre des pairs, correspondance abondante.Il est né à Besançon en 1802, mais passe son enfance à Paris. Il est le fils de Sophie Trébuchet et de Léopold Hugo. De fréquents séjours à Naples et en Espagne, à la suite de son père, général de Napoléon, marqueront ses premières années. Vers 1813, il s'installe à Paris avec sa mère qui s'est séparée de son mari. Très tôt ses parents se séparent car sa mère entretient une liaison avec le général d'empire Victor Fanneau de la Horie. Elle lui dispense une éducation assez libre (avec Victor Fanneau de la Horie, son parrain et précepteur), qui accorde une grande place à toutes les formes de lecture. Âgé de quatorze ans à peine, Victor, en juillet 1816, note sur un journal : « Je veux être Chateaubriand ou rien ». Sa vocation est précoce et ses ambitions sont immenses. Il fonde (avec ses frères Abel et Eugène) en 1819 une revue, le Conservateur littéraire, qui attire déjà l'attention sur son talent. La même année, il remporte le concours de l'Académie des Jeux Floraux (voir Clémence Isaure). Deux fois lauréat (1819 et 1820), également primé par l'académie, Victor Hugo délaisse les mathématiques, pour lesquelles il a un goût marqué (il suit les cours des classes préparatoires), et embrasse la carrière littéraire. Son premier recueil de poèmes, Odes, paraît en 1821 : il a alors vingt ans et ses études au lycée Louis-le-Grand lui permettent de le faire connaître rapidement. Il participe aux réunions du Cénacle de Charles Nodier à la Bibliothèque de l'Arsenal, berceau du Romantisme, qui auront une grande influence sur son développement. Dès cette époque, Hugo est tout à la fois poète, romancier, dramaturge et même journaliste : Hugo entreprend tout et réussit beaucoup. C'est avec Cromwell, publié en 1827, qu'il fera éclat. Dans la préface de ce drame, il s'oppose aux conventions classiques, en particulier à l'unité de temps et à l'unité de lieu. Il met véritablement en pratique ses théories dans la pièce Hernani. Cette œuvre est la cause d'un affrontement littéraire fondateur entre anciens et modernes, ces derniers (au premier rang desquels Théophile Gautier) s'enthousiasmant pour cette œuvre romantique - combat qui restera dans l'histoire de la littérature sous le nom de « bataille d'Hernani. » Dès lors, la production d'Hugo ne connaît plus de limites : romans (Notre Dame de Paris, 1831) ; poésie (Les Chants du crépuscule, 1835) ; théâtre (Ruy Blas, 1838). De 1826 à 1837, il séjourne fréquemment au Château des Roches à Bièvres, propriété de Bertin l'Aîné, directeur du Journal des débats. Au cours de ces séjours, il y rencontre Berlioz, Chateaubriand, Liszt, Giacomo Meyerbeer et rédige des recueils de poésie dont le célèbre ouvrage des Feuilles d'automne. Il épouse Adèle Foucher qui lui donne plusieurs enfants : Léopold en 1823 qui décédera quelques mois plus tard ; Léopoldine en 1824, Charles (1826), Francois–Victor (1828) et Adèle en 1830, la seule qui survivra à son illustre père mais dont l'état mental, très tôt défaillant, lui vaudra de longues années en maison de santé. Il aura, jusqu'à un âge avancé, de nombreuses maîtresses. La plus célèbre sera Juliette Drouet, actrice rencontrée en 1833, qui lui consacrera sa vie et le sauvera de l'emprisonnement lors du coup d'état de Napoléon III. Il écrira pour elle de nombreux poèmes. Tous deux passent ensemble l'anniversaire de leur rencontre et remplissent, à cette occasion, année après année, un cahier commun qu'ils nomment tendrement le Livre de l'anniversaire. Hugo accède à l'Académie française en 1841. En 1843, Léopoldine meurt tragiquement à Villequier. Hugo sera terriblement affecté par la mort de sa fille. L'exil : élevé par sa mère vendéenne dans l'esprit du royalisme, il se laisse peu à peu convaincre de l'intérêt de la démocratie (« J'ai grandi », écrit-il dans un poème où il s'en justifie). Son idée est que « là où la connaissance n'est que chez un homme, la monarchie s'impose. Là où elle est dans un groupe d'hommes, elle doit faire place à l'aristocratie. Et quand tous ont accès aux lumières du savoir, alors le temps est venu de la démocratie ». Devenu partisan d'une démocratie libérale et humanitaire, il est élu député de la Deuxième République en 1848, et soutient la candidature du « prince Louis-Napoléon ». Cependant, Hugo s'exile après le coup d'État du 2 décembre 1851 qu'il condamne vigoureusement pour des raisons morales (Histoire d'un crime). Sous le Second Empire, opposé à Napoléon III, il vit en exil à Bruxelles, puis à Jersey et enfin à Guernesey. Il est l'un des seuls proscrits à refuser l'amnistie décidée quelque temps après (« Et s'il n'en reste qu'un, je serai celui-là »). Pendant ces années difficiles, il publiera notamment Les Châtiments (1853), œuvre en vers qui prend pour cible le Second Empire ; Les Contemplations, poésies (1856) ; La Légende des Siècles (1859), ainsi que Les Misérables, roman (1862). Le souvenir douloureux de Léopoldine - ainsi que sa curiosité - le pousse à tenter à Jersey, d'étranges expériences de spiritisme consignées dans Les Tables tournantes de Jersey. Pendant les années 1860, il traverse plusieurs fois le Grand-Duché de Luxembourg comme touriste, alors qu'il se rend sur le Rhin allemand (1862, 1863, 1864, 1865). En 1871, après la Commune de Paris, tandis qu'il est expulsé de Belgique pour y avoir offert asile aux communards poursuivis dans la capitale française, il trouve refuge pendant trois mois et demi dans le Grand-Duché (1er juin–23 septembre). Il séjourne successivement à Luxembourg, à Vianden (deux mois et demi), à Diekirch et à Mondorf, où il suit une cure thermale. Après la chute du Second Empire consécutive à la guerre franco-prussienne de 1870, c'est l'avènement de la Troisième République : Hugo peut enfin rentrer après vingt années d'exil. Jusqu'à sa mort il restera une des figures tutélaires de la République retrouvée - en même temps qu'une référence littéraire incontestée. Conformément à ses dernières volontés, c'est dans le « corbillard des pauvres » qu'il est enterré au Panthéon, son cercueil étant au préalable resté plusieurs jours sous l'Arc de triomphe. On considère que trois millions de personnes se sont déplacées alors pour lui rendre un dernier hommage. L'ensemble de ce qui a survécu des écrits de Victor Hugo (plusieurs lettres personnelles ont été volontairement détruites par ses exécuteurs testamentaires Paul Meurice et Auguste Vacquerie) a été publié chez Jean-Jacques Pauvert et représente presque quarante millions de caractères ! « L'ensemble de mon œuvre fera un jour un tout indivisible. […] Un livre multiple résumant un siècle, voilà ce que je laisserai derrière moi […]. » À travers ces mots, on devine une volonté farouche de pratiquer tous les genres : roman, poésie, théâtre, essai, etc. - autant qu'une passion du Verbe, à condition toutefois que ce dernier soit ancré dans l'Histoire. Par conséquent, distinguer la fiction proprement dite de l'engagement politique est, chez Hugo plus que chez tout autre écrivain, une gageure. L'exil : Tout autres sont les vers des Châtiments : vers de combat qui ont pour mission, en 1853, de liquider le « misérable » Napoléon III. Prophète de malheur, exécuteur du neveu honni, Hugo s'y fait cruel pour châtier le criminel. Il ne cesse de varier la manière : fable, épopée, chanson, élégie, etc. Quelques années plus tard, Hugo déclare, à propos des Contemplations qui paraissent en 1856 : « Qu'est-ce que les Contemplations ? - Les mémoires d'une âme ». Apothéose lyrique, marquée par l'exil à Guernesey et la mort (cf. Pauca Meae) de la fille adorée : exil affectif, exil politique : Hugo part à la découverte solitaire du moi et de l'univers. Enfin (peut-on dire enfin en parlant d'Hugo ?), la Légende des siècles, son chef d'œuvre, synthétise rien moins que l'histoire du monde en une immense épopée parue en 1859 ; « L'homme montant des ténèbres à l'Idéal », c'est-à-dire la lente et douloureuse ascension de humanité vers le Progrès et la Lumière. Tantôt lyrique, tantôt épique ; combattant infatigable et père vaincu ; tour à tour classique et audacieux, Hugo est tout cela à la fois et davantage : celui qui a profondément ému ses contemporains (qui ne connaît le célébrissime Demain, dès l'aube ?), exaspéré les puissants et inspiré les plus grands poètes de son temps et des temps à venir. Sa pensée politique : À partir de 1849, Victor Hugo consacre un tiers de son œuvre à la politique, un tiers à la religion et le dernier à la philosophie humaine et sociale. La pensée de Victor Hugo, complexe et parfois déroutante, refuse toute condamnation des personnes et tout manichéisme, mais n'en est pas moins sévère pour la société de son temps. Réformiste, il souhaite changer la société mais pas de société. S'il justifie l'enrichissement, il dénonce violemment le système d'inégalité sociale. Il est contre les riches qui capitalisent leurs gains sans les réinjecter dans la production. L'élite bourgeoise ne le lui pardonnera pas. De même, il s'oppose à la violence si celle-ci s'exerce contre un pouvoir démocratique mais il la justifie (conformément d'ailleurs à la déclaration des droits de l'homme) contre un pouvoir illégitime. C'est ainsi qu'en 1851, il lance un appel aux armes - « Charger son fusil et se tenir prêt » - qui n'est pas entendu. Il maintient cette position jusqu'en 1870. Quand éclate la guerre franco-allemande, Hugo la condamne : « guerre de caprice » et non de liberté. Puis, l'Empire est renversé et la guerre continue, contre la république ; le plaidoyer de Hugo en faveur de la fraternisation reste sans réponse. Alors, le 17 septembre, le patriote prend le pas sur le pacifiste : il publie cette fois un appel à la levée en masse et à la résistance. Les républicains modérés sont horrifiés : pour ceux-ci en effet, mieux vaut Bismarck que les « partageux » ! Le peuple de Paris, quant à lui, se mobilise et l'on s'arrache les Châtiments.La peine de mort : Hugo est un farouche abolitionniste. Dans son enfance, il a assisté à des exécutions capitales et toute sa vie, il luttera contre. Le dernier jour d'un condamné (1829) et Claude Gueux (1834), deux romans de jeunesse, soulignent à la fois la cruauté, l'injustice et l'inefficacité du châtiment suprême. Mais la littérature ne suffit pas, Hugo le sait. Chambre des Pairs, Assemblée, Sénat : Victor Hugo saisira toutes les tribunes pour défendre l'abolition : « La peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie. » (Discours de Victor Hugo 15 septembre 1848 Assemblée constituante.) La Commune : rn accord avec lui-même, Hugo ne pouvait être communard : « Ce que représente la Commune est immense, elle pourrait faire de grandes choses, elle n'en fait que des petites. Et des petites choses qui sont des choses odieuses, c'est lamentable. Entendons-nous, je suis un homme de révolution. J'accepte donc les grandes nécessités, à une seule condition : c'est qu'elles soient la confirmation des principes et non leur ébranlement. Toute ma pensée oscille entre ces deux pôles : « civilisation-révolution ». La construction d'une société égalitaire ne saurait découler que d'une recomposition de la société libérale elle-même. » Pourtant, Victor Hugo défend la grace du jeune officier protestant devenu Ministre de la guerre de la Commune Louis-Nathaniel Rossel face à Adolphe Thiers. Un jeune homme qu'il estime et juge différent des autres communards. Devant la répression qui s'abat sur les communards, le poète dit son dégoût : « Des bandits ont tué 64 otages. On réplique en tuant 6 000 prisonniers ! » La question sociale : Dénonçant jusqu'à la fin la ségrégation sociale, Hugo déclare lors de la dernière réunion publique qu'il préside : « La question sociale reste. Elle est terrible, mais elle est simple, c'est la question de ceux qui ont et de ceux qui n'ont pas ! ». Il s'agissait précisément de récolter des fonds pour permettre à 126 délégués ouvriers de se rendre au premier Congrès socialiste de France, à Marseille. Discours : Victor Hugo a prononcé pendant sa carrière politique plusieurs grands discours ; la plupart d'entre eux sont regroupés dans Actes et paroles : 1. contre la misère (Discours sur la misère, 9 juillet 1849) ; 2. sur la condition féminine (aux obsèques de George Sand, 10 juin 1876) ; 3. contre l'enseignement religieux et pour l'école laïque et gratuite (Discours à propos du projet de loi sur l'enseignement, 15 janvier 1850 [1], et extraits [2]); 4. plusieurs plaidoyers contre la peine de mort (Que dit la société ? « Tu ne tueras pas ». Comment le dit-elle ? En tuant !); 5. plusieurs discours en faveur de la paix (Discours d'ouverture du Congrès de la paix, 21 août 1849);6. pour le droit de vote universel ; 7. sur la défense du littoral. La paix par le commerce : Il se montre ardent défenseur d'une colonisation humaniste - dont il précise bien qu'elle doit être provisoire et ne pas durer plus que le temps nécessaire - en remplacement des anciennes guerres de conquête. Ainsi le 18 mai 1879, lors d'un banquet célébrant l'abolition de l'esclavage, Victor Hugo prononce un discours en faveur de la colonisation menée par la IIIe République : « La Méditerranée est un lac de civilisation ; ce n'est certes pas pour rien que la Méditerranée a sur l'un de ses bords le vieil univers et sur l'autre l'univers ignoré, c'est-à-dire d'un côté toute la civilisation et de l'autre toute la barbarie […]. Dieu offre l'Afrique à l'Europe. Prenez-la. Prenez-la, non pour le canon, mais pour la charrue ; non pour le sabre, mais pour le commerce ; non pour la bataille, mais pour l'industrie ; non pour la conquête, mais pour la fraternité. Versez votre trop-plein dans cette Afrique, et, du même coup, résolvez vos questions sociales, changez vos prolétaires en propriétaires. Allez, faites ! faites des routes, faites des ports, faites des villes ; croissez, cultivez, colonisez, multipliez. » Il ne cesse d'insister sur le fait que le commerce remplacera la guerre, sans néanmoins prévoir comme le constatera amèrement Bernanos qu'on finira par « se disputer la clientèle à coups de canon ». Dans cette vision de l'ordre commercial remplaçant l'ordre militaire, il annonce en germe le philosophe Alain. Cette vision positive de la mission de l'homme est condensée dans un de ses vers les plus célèbres : « Collabore avec Dieu. Prévois. Pourvois. Prends soin. » Rien n'autorise toutefois à supposer qu'Hugo, malgré son enthousiasme pour une colonisation menée par des pionniers idéalistes, n'aurait pas pour autant condamné l'ordre colonialiste bien différent qui surviendrait quelques décennies plus tard. Son combat social et sa défense constante des minorités opprimées (il intervint pour demander la grâce de John Brown) sont en ce sens très clairs. États-Unis d'Europe : Une espérance qui ne le quitte pas est celle - qui revient souvent dans ses discours et écrits - des futurs États-Unis d'Europe : 1. « Plus de frontières ! Le Rhin à tous ! Soyons la même République, soyons les États-Unis d'Europe, soyons la fédération continentale, soyons la liberté européenne, soyons la paix universelle ! » (Discours à l'Assemblée Nationale, 1er mars 1871) ; 2. Lorsqu'en août 1876, on réprime férocement les Serbes de Bosnie et les Bulgares qui viennent de se soulever contre l'Empire Ottoman, Hugo écrit un manifeste intitulé Pour la Serbie : « Les crimes sont des crimes parce qu'il n'est pas plus permis à un gouvernement qu'à un individu d'être un assassin, c'est que l'Europe est solidaire. […] Ce qui se passe en Serbie montre la nécessité des États-Unis d'Europe. Qu'aux gouvernements désunis succèdent les peuples unis. » 3. « Je voudrais signer ma vie par un grand acte, et mourir. Ainsi, la fondation des États-Unis d'Europe. » (Note de 1876–1878) 4. « Il y a trois jours, le 14 juillet, je plantais dans mon jardin de Hauteville-House le chêne des États-Unis d'Europe » (Note du 17 juillet 1870). Ses contemporains tiennent cette idée pour absurde et utopique (la France et l'Allemagne, pour ne citer qu'elles, sont jugées ennemies héréditaires et destinées à le rester). Mais Hugo n'est pas dupe : « Utopie, soit. Mais qu'on ne l'oublie pas, quand elles vont au même but que l'humanité […] les utopies d'un siècle sont les faits du siècle suivant. » (Le Rhin)

Jaurès, Jean était un homme politique français, né à Castres le 3 septembre 1859 et mort assassiné à Paris le 31 juillet 1914. Fils de la bourgeoisie de province, il est reçu premier à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm en 1878 puis troisième à l'agrégation de philosophie en 1881. Il a tout d'abord enseigné à Albi, puis a rejoint Toulouse en 1882 pour exercer sa chaire de maître de conférences à la faculté des Lettres. Il est élu député républicain à Castres, en 1885. C'est sa défaite aux mêmes élections quatre ans plus tard qui l'a conduit à se présenter à Toulouse, cette fois-ci sous la bannière socialiste, et sur la liste municipale. Jaurès n'a pas toujours été socialiste et marxiste. Quand la République s'installe pour de bon, après une décennie de tergiversations au sujet du régime (en 1870 le Second Empire s'effondre, la République est proclamée mais les monarchistes, divisés, dominent à la Chambre des députés), Jaurès n'a que vingt ans. Il s'engage en politique en 1885, devenant député du Tarn à 25 ans. Il est alors le fils spirituel de Jules Ferry et siège parmi les ' opportunistes ', républicains socialement modérés. Il trouve alors les radicaux de Clemenceau trop agités et les socialistes violents et dangereux pour l'ordre républicain en construction. Il ne s'en intéresse pas moins au sort de la classe ouvrière et met son éloquence devenue mythique au service des premières lois sociales du régime (liberté syndicale, protection des délégués, création des caisses de retraite ouvrière…). Fils de 1789, il croit cependant au réformisme institutionnel et républicain, à l'alliance des ouvriers et de la bourgeoisie laborieuse pour le triomphe de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. En 1889 les Républicains gagnent les législatives mais lui, ce Républicain qui prône le contrôle de l'État sur les entreprises, est battu dans la circonscription de Carmaux (Tarn), par le marquis de Solages, président des mines. Il est professeur à Toulouse et soutient ses deux thèses, puis se présente aux municipales (1890). Jaurès est à l'écart de la vie politique nationale quand, en 1892, éclate la grande grève des mines de Carmaux. Le maire élu, Jean Baptiste Calvignac, syndicaliste et socialiste, ouvrier mineur, est licencié par le marquis de Solages pour s'être absenté à plusieurs reprises afin de remplir ses obligations d'élu municipal. Les ouvriers se mettent en grève pour défendre ce maire dont ils sont fiers. La République envoie l'armée, 1500 soldats, au nom de la ' liberté du travail '. La République semble prendre le parti du patronat monarchiste contre les grévistes. En France, on est en plein scandale de Panama. Jaurès ne supporte plus cette République qui semble montrer son vrai visage, de députés et ministres capitalistes pour qui la finance et l'industrie priment sur le respect des personnes : Carmaux et la mine seront le tremplin politique qu'il cherchait. Il fait l'apprentissage de la lutte des classes et du socialisme. Arrivé intellectuel bourgeois, républicain social, il sort de la grève de Carmaux acquis au socialisme. Sous la pression de la grève et de Jaurès, le gouvernement arbitre le différent Solages-Calvignac au profit de Calvignac. Solages démissionne de son siège de député. Jaurès est tout naturellement désigné par les ouvriers du bassin pour les représenter à la Chambre : désormais, c'est un col blanc, et non plus le mineur Calvignac, qui est leur leader. Il est élu malgré les votes ruraux de la circonscription qui ne veulent pas des ' partageux '. Jaurès va alors se lancer dans l'incessante et résolue défense des ouvriers en lutte. À Albi il est à l'origine de la fameuse Verrerie ouvrière. Dans le Languedoc viticole il ira visiter les ' vignerons libres de Maraussan ' qui créent la première cave coopérative. Au début de l'affaire Dreyfus, Jaurès ne prend pas clairement position. Il va même jusqu'à condamner dans un premier temps la sentence de déportation, jugée trop clémente (un simple sous-officier aurait été purement et simplement condamné à mort). Cependant, à la suite de la pression populaire, et aussi grâce à l'engouement de la jeune promotion normalienne, Jaurès et les socialistes se mettent à défendre Alfred Dreyfus sans ambages. Il s'oppose alors aux marxistes orthodoxes, dont le meneur, Jules Guesde, pour qui Dreyfus est un officier bourgeois et donc sa défense ne serait pas prioritaire. Pour Jaurès, l'accablement de malheurs et d'injustices dont Dreyfus est victime gomme les différences de classe. Dreyfus n'est plus un privilégié ou un exploiteur : il est un homme qui souffre injustement. Jaurès fonde le journal L'Humanité en 1904. En 1905, sous pression de l'Internationale, il participe à la fondation de la SFIO, unifiant les différentes sensibilités socialistes de France. Même s'il reconnaît les luttes de classes, pour Jaurès, l'humanité ne fait qu'une et l'homme de gauche doit s'impliquer dans la République pour une révolution démocratique et non violente. Claude Allègre, dans son Dictionnaire amoureux de la science, indique que le bon Jaurès, un peu naïf, et on pourrait ajouter marqué par son temps, a assisté assidûment aux banquets dits républicains des positivistes (' secte '). Ses prises de position en faveur du pacifisme, peu avant le déclenchement de la Première Guerre mondiale, le rendent très impopulaire parmi les nationalistes et il est assassiné au Café du Croissant, rue Montmartre à Paris, trois jours avant le déclenchement des hostilités. Cet assassinat atteint d'ailleurs son but, car il facilite le ralliement de la gauche, y compris beaucoup de socialistes qui hésitaient, à l'' Union sacrée'. À l'issue de la ' Grande Guerre ' et en réaction au massacre qu'elle occasionna, un grand nombre de communes françaises nomment des rues et des places en son honneur, en rappelant qu'il fut le plus fervent opposant à un tel conflit. Une station du métro parisien porte aussi son nom. Son meurtrier, Raoul Villain, après 56 mois de détention préventive, est acquitté le 29 mars 1919.

Lamartine, Alphonse-Marie-Louis de Prat de est un poète, écrivain et homme politique français né à Mâcon le 21 octobre 1790 et mort à Paris le 28 février 1869. Sa première éducation se fit au château paternel de Milly, sous la tendre surveillance d'une mère qui « ne lui demandait que d'être vrai et bon ». Après avoir achevé ses études au collège des jésuites, il voyagea, particulièrement en Italie (1811), jusqu'à la chute de l'empire, entra, en 1814, dans les gardes du corps de Louis XVIII. S'ennuyant, il s'adonna à l'écriture et quitta son service lors de la seconde Restauration, puis, après quelques années d'une vie un peu décousue et éparse, il fit paraître en 1820, ses Méditations poétiques, qui, du jour au lendemain, le consacrèrent grand poète. Trois ans après, ce furent : les Nouvelles Méditations poétiques, puis La Mort de Socrate, le Dernier Chant du pèlerinage de Child Harold. En 1829, parurent les Harmonies poétiques et religieuses. Lamartine fut élu, l'année suivante, à l'Académie Française. Attaché d'ambassade à Florence, marié à une Anglaise. Après un voyage fastueux en Orient, la mort de sa fille va modifier sa foi. Il s'engage dans le combat politique, il se fit nommer député 1834, et joua dans la Chambre le beau rôle d'un orateur poète que la générosité de son cœur et l'élévation de la pensée mettent au dessus des partis. Il y présente de nombreuses interventions comme l'abolition de la peine de mort ou des projets relatifs à l'assistance. Il publia successivement : Voyage en Orient (1835), Jocelyn (1836), la Chute d'un ange (1838), Recueillements poétiques (1839). Se tournant ensuite du côté de l'histoire, il composa ses Girondins (1846), où l'imagination a sans doute trop de part, mais qui sont un livre des plus vivants et des plus éloquents. Un peu plus tard, il se mit à la tête du mouvement révolutionnaire. Devenu influent et affichant son opposition au régime de Louis Philippe, il est l'un des acteurs des journées de la république de 1848. Il devient membre du gouvernement provisoire et ministre des affaires étrangères, il fut aussi l'un des protagonistes de l'abolition de l'esclavage. Le discours qu'il prononça, le 25 février, contre le drapeau rouge, est resté célèbre. Impuissant, le 15 mai, à prévenir l'invasion de l'Assemblée nationale, les journées de Juin lui portèrent le coup de grâce. Il fut nommé à l'Assemblée législative que dans une élection partielle. Le coup d'état de décembre l'écarta définitivement de la politique. L'avènement du Second Empire met fin à sa carrière politique. Endetté, il ne peut choisir l'exil. Persuadé du danger impérial, il se réfugie dans l'écriture, publiant des ouvrages historiques, des romans sociaux, des ouvrages autobiographiques ainsi que des recueils poétiques. Ses principaux ouvrages depuis 1848 furent : les Confidences (1849), Geneviève (1851), le Tailleur de pierre de Saint-Point (1851), Graziella (1852), Cours familiers de littérature (1856). Les dernières années de sa vie s'écoulèrent dans la tristesse. Obligé à un labeur sans trêve par de continuels besoins d'argent, il finit par accepter du gouvernement impérial une dotation d'un demi million (1867). Il mourut deux ans après, dans un chalet de Passy, que la ville Paris avait mis à sa disposition. En 1869, sa famille refuse les funérailles nationales auxquelles il avait droit.

Michelet, Jules (21 août 1798 - 9 février 1874) était un historien français. Il naquit à Paris, d'une famille aux traditions huguenotes. Son père était un maître-imprimeur, pas très prospère, et Jules l'assista concrètement au travail sur presse. Une place lui fut offerte à l'Imprimerie impériale, mais son père refusa, préférant s'imposer des sacrifices pour l'envoyer étudier au célèbre Lycée Charlemagne, où il se distingua. Il réussit l'agrégation des lettres le 21 septembre 1821, et fut bientôt nommé professeur d'histoire au Collège Rollin. Peu après, en 1824, il se maria.C'était une des périodes les plus favorables pour les érudits et les hommes de lettres en France, et Michelet avait de puissants appuis en Abel-François Villemain et Victor Cousin, entre autres. Bien qu'il possédât des idées politiques fermes que lui avait transmises son père (un républicanisme fervent teinté de romantisme libre-penseur), il était d'abord et avant tout un homme de lettres et un enquêteur sur l'histoire du passé. Il appartenait à cette école qui pense que l'histoire doit être avant tout un cours d'enseignement philosophique, et ses premiers ouvrages furent des manuels scolaires destinés, en premier lieu, à ses élèves. Il produisit tout d'abord Tableau chronologique de l'histoire moderne de 1453 à 1739 en 1825, puis Tableaux synchroniques de l'histoire moderne de 1453 à 1648 en 1826. Son ouvrage suivant, Précis d'histoire moderne, publié en 1827, est un livre solide et soigné, bien meilleur que tout ce qui était paru auparavant, écrit dans un style sobre et néanmoins captivant. La même année, il fut nommé maître de conférences à l'École normale. Les événements de 1830, qui portèrent au pouvoir ses professeurs Abel-François Villemain et François Guizot, lui valurent une place aux Archives nationales ainsi que le titre de professeur suppléant de Guizot à la Faculté des Lettres de la Sorbonne. Cela lui donna plus de facilités pour l'étude, et lui permit d'accentuer ses idées. En 1831, son audacieuse Introduction à l'histoire universelle se démarqua de ses ouvrages précédents par un style très différent. Elle mit en évidence son idiosyncrasie et son talent d'écrivain, ainsi que ses étranges qualités de visionnaire qui faisaient réfléchir, mais qui le rendaient aussi moins digne de confiance en tant qu'historien. Il y exposait sa vision de l'histoire comme un long combat de la liberté contre la fatalité. Peu après, il commença son chef d'œuvre monumental, l'Histoire de France, qu'il mit trente ans à achever. Il accompagna cette production de nombreux autres livres, surtout d'érudition, tels que : les Œuvres choisies de Vico (1835, 2 volumes), traduction de Scienza nuova de Giambattista Vico de 1744 ; les Mémoires de Luther écrits par lui-même que Michelet traduisit et mit en ordre (1835) ; les Origines du droit français (1837) ; Histoire romaine : république (1839) ; Le Procès des Templiers (1841), second tome en 1851. Ces ouvrages, et principalement les Origines du droit français, sont écrits dans la première manière de Michelet, c'est-à-dire dans un style concis et énergique, capable de donner relief aux sujets les plus arides et de revivifier le passé. Il dit de lui-même : « Augustin Thierry avait appelé l'histoire narration ; Guizot, analyse ; je l'appelle résurrection ». 1838 fut une année très importante dans la vie de Michelet. Il était dans la plénitude de ses moyens, ses études ayant nourri chez lui son aversion naturelle envers les principes d'autorité et les pratiques ecclésiastiques, et à un moment où l'activité accrue des Jésuites provoquait une inquiétude réelle ou feinte, il fut nommé à la chaire d'histoire au Collège de France. Assisté de son ami Edgar Quinet, il commença une violente polémique contre cet ordre impopulaire et les principes qu'il représentait, une polémique qui rangèrent leurs conférences, surtout celles de Michelet, parmi celles qui avaient à l'époque le plus de succès. Les textes de ses conférences, plus religieuses qu'historiennes ou littéraires, parurent dans trois livres, où il dénonçait la trahison de l'Église romaine face au peuple : en 1843, Des jésuites en collaboration avec Edgar Quinet ; en 1844, Du prêtre, de la femme et de la famille ; en 1845 Le peuple. Ces livres ne sont pas encore empreints du style apocalyptique qui, en partie emprunté de Lamennais, caractérise les derniers ouvrages de Michelet, mais ils contiennent en miniature la presque totalité de son curieux credo éthique, politique et religieux -- un mélange de sentimentalisme, de communisme, d'anti-sacerdotalisme, appuyé par les arguments les plus excentriques et par une bonne part d'éloquence. Le clergé fut assez puissant pour faire interdire ses cours, et sa carrière publique en fut définitivement brisée, puisqu'il ne récupéra jamais son professorat. Lorsque la révolution de 1848 se déclencha, Michelet, au contraire de nombreux autres hommes de lettres, n'accepta pas d'entrer dans la vie politique active, bien que l'occasion lui en fût offerte. Les débordements de cette révolution, les tirs de la troupe sur le peuple notamment, le convainquirent que la démocratie ne serait possible que lorsqu'une foi serait définie et enseignée à l'ensemble des citoyens. Il se consacra avec plus de force à son travail littéraire. Outre la reprise de sa grande Histoire de France, momentanément interrompue au sixième volume au règne de Louis XI, il entreprit et termina, pendant les années qui séparèrent la chute de Louis-Philippe et l'établissement définitif de Napoléon III, une enthousiaste Histoire de la Révolution française. En dépit de son enthousiasme, ou peut-être à cause de lui, ce n'est en aucune façon le meilleur livre de Michelet. Les événements étaient trop rapprochés et trop bien connus, et le sujet supportait difficilement les envolées pittoresques qui font le charme et le danger de ses ouvrages plus généraux. Le coup d'État de Napoléon III fit perdre à Michelet sa place aux Archives, puisqu'il refusa de prêter serment à l'Empire. Mais ce nouveau régime ne fit qu'exacerber son zèle pour la république et son second mariage, (avec Mlle Adèle Malairet, fille du secrétaire de Toussaint Louverture, femme douée de certaines aptitudes littéraires, et aux sympathies républicaines) semble avoir davantage stimulé ses capacités. Alors que sa grande œuvre historique se poursuivait, une foule de petits livres assez surprenants l'accompagnèrent et la diversifièrent. Parfois il s'agissait des versions plus étendues de certains passages, parfois ce qu'on peut appeler des commentaires ou des volumes d'accompagnement. Dans quelques-uns parmi les meilleurs il traitait des sciences naturelles, sujet nouveau pour lui dont on dit que sa femme l'y avait amené. Le premier d'entre eux (certainement pas le meilleur) était Les Femmes de la révolution, esquisses détachées de sa grande histoire (1854), où la faculté naturelle et inimitable de Michelet pour le dithyrambe laisse trop souvent la place à l'argumentation ennuyeuse et peu concluante qui fait penser à une prédication. Dans le suivant, L'Oiseau (1856), il se découvrait une veine nouvelle et très réussie. Ce sujet de l'histoire naturelle ne fut pas traité du point de vue de la science tout court, ni de celui du sentiment, ni de l'anecdote ou des commérages, mais de celui du panthéisme démocratique fervent de l'auteur, et le résultat, quoiqu'inégal, comme il fallait s'y attendre, fut souvent excellent. L'Insecte suivit en 1853, dans le même style mais plus ennuyeux. Michelet restait fidèle à son système d'études psychologiques. Comme historien, il cherchait l'âme des faits ; dans ces ouvrages il rechercha l'âme de l'insecte et de l'oiseau. Taine écrivit : « L'auteur ne sort pas de sa carrière ; il l'élargit. Il avait plaidé pour les petits, pour les simples, pour le peuple. Il plaide pour les bêtes et les oiseaux. » Ces œuvres remarquables, mi-pamphlets, mi-traités moraux, se succédèrent de façon ininterrompue pendant cinq ou six ans, à douze mois d'intervalle généralement. L'Amour (1859), un des livres les plus populaires de l'auteur fut suivi par La Femme (1860), un livre sur lequel, selon l'Encyclopædia Britannica, on pourrait fonder une critique entière de la littérature et du caractère français, et où Michelet ne fit que distinguer le plaisir sensuel de la passion amoureuse et de l'union de deux cœurs. À l'homme réconcilié avec les animaux (L'Oiseau et L'Insecte), puis avec lui-même (L'Amour et La Femme), il ne restait plus qu'à apprendre l'amour de la création. Tels furent les buts de La Mer (1861), qui, vu les capacités de l'écrivain et l'attrait du sujet, est peut-être un peu décevant, et de La Montagne, publiée quelques années plus tard. En 1862, parut le plus frappant des ouvrages mineurs de Michelet, La Sorcière. Développé à partir d'un épisode de l'histoire, il porte au plus haut degré toutes les étrangetés de l'auteur. C'est un cauchemar et rien de plus, mais un cauchemar de la plus extraordinaire vraisemblance et puissamment poétique. Il y démontra en effet avec audace la fonction utile et salutaire de la sorcière au Moyen Âge face au savoir officiel détenu et édicté par l'Église. Cette série remarquable, dont chaque élément était en même temps une œuvre d'imagination et de recherche, n'était pas encore terminée, que les derniers volumes révélèrent un certain relâchement. L'ambitieuse Bible de l'humanité (1864), une ébauche historique des religions, n'a que peu de valeur. Dans La Montagne (1868), le dernier de sa série d'histoire naturelle, les effets de style du genre staccato sont poussés plus loin même que ceux de Victor Hugo dans ses moments les moins inspirés, même si -- et c'est normal sous la plume d'un maître de la langue tel que l'était Michelet --l'effet est fréquemment grandiose sinon réussi. Nos fils (1869), le dernier de la suite des petits livres publiés durant la vie de l'auteur, est un traité de l'éducation, fidèle à l'Émile de Jean-Jacques Rousseau, écrit avec une grande connaissance des faits et avec les habituelles largeur et profondeur de vue de Michelet, et cela malgré des capacités d'expression déclinantes. On retrouve ses pleines capacités dans un livre posthume, Le Banquet, publié en 1878. L'image des populations industrieuses et affamées de la côte ligure est (qu'elle soit vraie ou non) une des meilleures choses qu'a faite Michelet. Pour compléter cette liste d'ouvrages de tous les genres, on peut mentionner deux volumes d'extraits ou d'abrégés, écrits et publiés à différentes occasions : Les Soldats de la révolution et Légendes démocratiques du nord, où il expose l'héroïsme des peuples européens pour gagner leur liberté. La publication de cette série de livres, et l'achèvement de son histoire, occupèrent Michelet durant les deux décennies du Second Empire. Il vécut en partie en France, en partie en Italie, et avait l'habitude de passer l'hiver sur la Côte d'Azur, surtout à Hyères. Enfin, en 1867, la grande œuvre de sa vie fut achevée. Dans l'édition habituelle elle occupe dix-neuf volumes. Le premier de ceux-ci traite de l'histoire ancienne jusqu'à la mort de Charlemagne, le second de l'époque qui vit l'apogée de la France féodale, le troisième du XIIIe siècle, le quatrième, le cinquième et le sixième de la Guerre de Cent Ans, le septième et le huitième de l'établissement du pouvoir rural sous Charles VII et Louis XI. Le XVIe et le XVIIe siècle sont traités chacun en quatre volumes, dont une grande partie n'est liée que de façon lointaine à l'histoire de France proprement dite, surtout dans les deux volumes intitulés Renaissance et Réforme. Les trois derniers volumes continuent l'histoire du XVIIIe siècle jusqu'au déclenchement de la Révolution. Michelet fut peut-être le premier historien à se consacrer à une sorte d'histoire pittoresque du Moyen Âge, et son art de raconter reste un des plus vivants qui aient existé. Ses recherches dans les sources manuscrites et imprimées était des plus laborieuses, mais son imagination vivace, et ses forts préjugés politiques et religieux, lui faisaient voir tout d'un point de vue trop personnel. On constate une inégalité de traitement des événements historiques. L'hostilité sans compromis de Michelet envers le Second Empire n'empêchèrent pas que sa chute et les désastres qui l'accompagnèrent le stimulassent encore une fois pour le pousser à agir. Non seulement il écrivit des lettres et des pamphlets durant la guerre, mais lorsqu'elle fut achevée il entreprit de compléter par une Histoire du XIXe siècle la gigantesque tâche qu'il s'était assigné et que ses deux grandes histoires avaient déjà presque terminée. Concernant sa carrière publique, la nouvelle république ne lui rendit pas entièrement justice, refusant de lui redonner son professorat au Collège de France, dont il prétendait n'avoir jamais été légalement privé. Il ne vécut pas assez pour achever sa dernière grande entreprise, sa vaste fresque du XIXe siècle. La mort le surprit avant. On trouva sur sa table de travail le troisième volume entièrement fini, incluant la Bataille de Waterloo. Si certains pensent que sa meilleure critique est peut-être contenue dans l'incipit du dernier volume--« l'âge me presse. », on peut dire également qu'il mourut comme il avait vécu : en travaillant. Les Origines du droit français, cherchées dans les symboles et les formules du droit universel de Michelet furent éditées par Émile Faguet en 1890 et seconde édition parut en 1900. Voir Gabriel Monod, Jules Michelet: Études sur la vie et ses œuvres (Paris, 1905). À son décès en 1874, Jules Michelet fut enterré au Cimetière du Père Lachaise à Paris. L'historien a joué un rôle dans la popularisation du personnage de Jeanne d'Arc. Pour les diverses tentatives de récupérations politiques et religieuses du personnage de Jeanne d'Arc où Michelet joue un rôle important, voir l'article Jeanne d'Arc : naissance d'un mythe républicain, clérical et nationaliste.

Raspail, François-Vincent Son père, aubergiste à Carpentras, très pratiquant, qui le destine à entrer dans les ordres, le fait entrer, très jeune, au séminaire d'Avignon. Renvoyé pour indiscipline, il est admis au collège de la ville où il devient régent. Pendant les Cent-Jours, Raspail y composera une ode restée célèbre, à la gloire de l'Aigle. Il sera révoqué peu après la chute de l'Empereur. Qu'importe ; Raspail, qui doit entamer des études juridiques, « monte à Paris » en 1816. Là, il sera expulsé du collège Stanislas pour avoir rédigé des pamphlets républicains. Devenu surveillant (répétiteur) pour financer ses études, il s'éloigne peu à peu des convictions familiales, et adhère à la libre-pensée. En 1821, son ouvrage : Les Missionnaires en opposition avec les bonnes mœurs, véritable brûlot, fait scandale. L'année suivante, dégoûté du droit, il s'inscrit en faculté de médecine. Là, il validera deux options personnnelles : la rédaction de plusieurs articles, remarqués, sur les tissus animaux et végétaux ; son adhésion à la charbonnerie. Société secrète, intriguant contre le régime en place et organisée sur le modèle italien « des ventes » (une « vente » étant une cellule de quelques conjurés). Il sera d'ailleurs emprisonné à plusieurs reprises, comme carbonaro, sous la Monarchie de Juillet. En 1830, Raspail, ardent républicain, se joint au peuple parisien insurgé lors des journées d'insurrection révolutionnaire, les Trois Glorieuses, qui le 29, 30 et 31 juillet renverront Charles X en exil. Sérieusement blessé sur une barricade, à peine remis, l'insurgé fondera un journal d'opposition républicaine, Le Réformateur, et présidera la Société des Amis du Peuple. Elle sera dissoute en 1832 par le nouveau pouvoir qui le condamnera à quinze mois de prison et 500 francs d'amende pour « offense au roi ». En 1832, Raspail s'installe comme médecin et accède à la notoriété grâce à deux travaux : Essai de chimie microscopique, en 1830 suivi par le Nouveau Système de chimie organique, en 1833. Préoccupé de questions sociales, le savant s'intéresse logiquement à la vie dans les prisons (« son second domicile ») et au travail dans les manufactures ('où trop de gens meurent avant l'âge'). Sous la Monarchie de Juillet, entre deux séjours en prison (qui ralentissent énormément ses travaux médicaux et sociaux), Raspail essaye de cultiver ces deux faces de sa personnalité. À Sainte-Pélagie où sont maintenant regroupés les prisonniers politiques, il prend la tête de l' « Association républicaine de défense de la liberté de la presse ». En 1840, expert reconnu, sa déposition au procès de Marie Capelle, accusée d'avoir empoisonné son mari à l'arsenic fait grand bruit. Il devra pourtant attendre 1843 pour voir publier son Histoire naturelle de la santé et de la maladie, suivie d'un Manuel annuaire de la santé en 1845. Ces deux ouvrages de vulgarisation lui assurent de confortables revenus. Il y donnera la recette d'un fameux élixir ; dans ces volumes, Raspail précise également sa théorie parasitaire, qui anticipe de manière remarquée la doctrine microbienne. Cependant sa pratique de l'art médical se veut militante : médecin des pauvres, il sera l'un des premiers propagateurs de l'hygiène et de l'antisepsie dans les classes populaires. Tout cela lui vaut l'hostilité des milieux officiels et une condamnation, en 1846, par la Faculté (une de plus…).1848 et l'après 48 : 22 février 1848 : il est l'un des premiers à proclamer la République. Le 25 février 1848 : Troisième jour d'insurrection. Formation du gouvernement provisoire, naissance de la Deuxième République française (elle finira en 1852). Récit et analyse de Karl Marx, dans 'Les luttes de classes en France' : « Le 25 février (1848), vers midi, la République n'était pas encore proclamée, mais, par contre, tous les ministères étaient déjà répartis entre les éléments bourgeois du Gouvernement provisoire et entre les généraux, banquiers et avocats du 'National'. Mais, cette fois, les ouvriers étaient résolus à ne plus tolérer un escamotage semblable à celui de juillet 1830. Ils étaient prêts à engager à nouveau le combat et à imposer la République par la force des armes. C'est avec cette mission que Raspail se rendit à l'Hôtel de ville. Au nom du prolétariat parisien, il ordonna au Gouvernement provisoire de proclamer la République, déclarant que si cet ordre du peuple n'était pas exécuté dans les deux heures, il reviendrait à la tête de 200 000 hommes. Les cadavres des combattants ... à peine refroidis, les barricades n'étaient pas enlevées, les ouvriers n'étaient pas désarmés et la seule force qu'on pu leur opposer était la Garde Nationale (faible et peu sûre). Dans ces circonstances, les considérations politiques et les scrupules juridiques du Gouvernement provisoire s'évanouirent brusquement. Fin 1848 : Raspail fonde un nouveau journal, L'ami du Peuple. Candidat socialiste malheureux à la présidence, il est arrêté en mai 1848 et condamné à six ans de prison en 1849. Sa peine est commuée en bannissement et il s'exile en Belgique durant dix ans. Député des Bouches-du-Rhône de 1869 à 1878. Raspail fustigea la réaction qui suivit la Commune. Ses prises de position lui vaudront de nouveaux tourments judiciaires.

Schoelcher, Victor, né en 1804 à Paris, est d'origine alsacienne. En 1830, son père, fabriquant de porcelaine réputé, l'envoie prospecter le marché américain, mais aussi l'éloigner des milieux républicains qu'il fréquente. Il visite le Mexique, les États-Unis d'Amérique, les Antilles… et découvre la réalité de l'esclavage. Au retour, publie dans La revue de Paris, sa première prise de position anti-esclavagiste. Plus tard, devenu sous-secrétaire d'Etat à la Marine, Victor Schœlcher fait adopter, le 27 avril 1848, le fameux décret d'abolition de l'esclavage sur toutes les terres françaises, rendant la liberté à 260 000 esclaves. Victor Schœlcher est ensuite député de la Martinique, avant de s'exiler en Angleterre à cause de ses idées républicaines. Il est de retour en France en 1870 et participe à la Commune. Il redevient député puis sénateur. Victor Shoelcher est mort, le 25 décembre 1893, à l'âge de 89 ans, à Houilles. Ses cendres ont été transférées au Panthéon en 1949. 

Vallès, Jules (né au Puy-en-Velay le 11 juin 1832 et décédé à Paris le 14 février 1885) est un journaliste, écrivain et homme politique français. Fondateur du Cri du Peuple, il est un des élus de la Commune de Paris. Condamné à mort, il dut s'exiler à Londres (de 1871 à 1880).